Avant le début du procès en première instance du policier Rabah Souchi, au tribunal de Lyon le 11 janvier 2024 ( AFP / JEFF PACHOUD )
Six mois de prison avec sursis ont été requis mercredi à Lyon contre un commissaire, jugé en appel pour avoir ordonné une charge ayant lourdement blessé une septuagénaire lors d'une manifestation de "gilets jaunes" interdite, à Nice en 2019.
L'ordre de charger la foule, donné par le commissaire Rabah Souchi, n'était "pas nécessaire", "inadapté et mal donné", a fait valoir l'avocate générale Laure Lehugeur, soulignant qu'il "était en droit illégal".
Elle a aussi fustigé une "stratégie malheureuse" contre un groupe de "personnes âgées et de journalistes", citant un rapport "assez assassin" établi par l'Inspection générale de la police nationale (IGPN).
Ses réquisitions correspondent à la peine prononcée en première instance. Le délibéré sera rendu le 29 juin.
A la barre, le prévenu, 55 ans, a assuré avoir de la "compassion" pour Geneviève Legay qui, à 80 ans conserve des séquelles de l'événement.
Mais "je ne peux pas avoir la responsabilité du geste", qui l'a violemment jetée au sol, a ajouté l'ancien commissaire, devenu directeur adjoint de la police municipale de Nice.
"M. Souchi n'a fait que transmettre l'ordre qui lui a été donné, qui est légal pour libérer les lieux", a plaidé son avocat, Me Laurent-Franck Liénard, qualifiant son client de "bouc émissaire".
"L'avocate générale a bien plaidé", mais la peine demandée "n'est pas assez, surtout avec du sursis", a réagi Geneviève Legay à la sortie de l'audience.
La Niçoise était arrivée à la cour d'appel de Lyon entourée d'une trentaine de militants de l'association altermondialiste Attac derrière une banderole: "Justice pour Geneviève Legay et pour toutes les victimes de violences policières".
"J'aimerais qu'on gagne pour que cela fasse jurisprudence pour tous les autres qui n'ont pas de procès", avait-elle dit à la presse, en référence à d'autres manifestants blessés durant le mouvement des "gilets jaunes".
- 80% -
Le 23 mars 2019, Mme Legay, alors âgée de 73 ans et porte-parole départementale d'Attac, participait à une manifestation non autorisée de "gilets jaunes" dans le centre de Nice.
L'ancienne porte-parole départementale d'Attac, Geneviève Legay, s'adresse à la presse lors d'un rassemblement devant le palais de justice de Nice, le 8 mars 2024 ( AFP / Valery HACHE )
"J'étais venue là manifester pacifiquement", a-t-elle assuré à la barre, se remémorant "un coup sur la tête" puis la chute.
Les images de cette femme aux cheveux gris entourée de policiers, d'abord debout avec un drapeau arc-en-ciel puis inanimée au sol après la charge, avaient fait des remous, tout comme les efforts des autorités pour tenter de disculper la police ou les propos du président Emmanuel Macron souhaitant "une forme de sagesse" à la septuagénaire.
Mme Legay a soutenu que le commissaire avait alors interdit aux "street medics", les soignants des "Gilets Jaunes" de l'"approcher pendant dix minutes".
Victime de multiples fractures, en particulier au crâne, elle était restée deux mois à l'hôpital. Elle en garde des séquelles: plus d'odorat, une perte auditive de "35%" à l'oreille droite, un goût perturbés, 45 séances de kiné pour retrouver un peu d'équilibre et un long suivi psychologique.
En mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon avait jugé Rabah Souchi coupable de "complicité de violence par une personne dépositaire de l'autorité publique", ce dernier avait immédiatement fait appel.
En mai 2024, dans une procédure distincte, le tribunal administratif de Nice avait reconnu l'Etat responsable à 80% des blessures subies par Geneviève Legay, jugeant qu'elles résultaient "directement d'une mesure prise par l'autorité publique".
Il avait toutefois noté que Mme Legay avait "fait preuve d'une imprudence délibérée", lui imputant une part de responsabilité à 20%.

4 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer